20 novembre 2011

HISTOIRE D’UN FAUX RATAGE

GÂTEAU CROUSTILLANT CHOCO BANANE KIWI

LE GÂTEAU CROUSTILLANT AU CHOCOLAT ET AUX POIRES

Pour confirmer mon intervention, il y a deux jours, sur les risques à ne pas prendre, surtout lorsqu’on reçoit, avec des recettes tellement nouvelles qu’elles n’ont pas encore été expérimentées, je ne peux manquer de vous raconter les trois heures passées dans ma cuisine hier à essayer de présenter, malgré tout, un gâteau croustillant aux poires dont rien que le titre m’attirait déjà beaucoup. Mais, du papier à la réalisation, il y a un grand pas que j’ai franchi, en me cassant la figure ! Il faut dire que je passe rarement plus d’une demi-heure sur la préparation d’un plat lambda, ce qui est peut-être mon critère essentiel pour le choix d’une recette nouvelle.

Je vous assure que malgré mes déboires, ce gâteau sera sur ma table de brunch prévu pour dix personnes aujourd’hui, à mes risques et périls. Mais comme dirait l’autre, il n’y a que de bonnes choses dedans, ça ne peut pas être mauvais ! Oui mais ça peut être très laid, manquer de tenue, donc ne pas être appétissant. Voyons par où ça a péché.

Il était prévu une heure pour la réalisation de ce gâteau et je souhaitais justement me jeter à l’eau pour un montage impressionnant. J’étais parfaitement décontractée après la lecture de la recette qui ne posait pas de problèmes, malgré quelques interrogations que nous verrons plus tard. Constitué de quatre couches superposées, il n’y a pas de difficultés à préparer les différents appareils, sauf à se garder de mettre les ustensiles dans la machine à laver car on s’en sert en permanence, et la vaisselle aussi, ça prend du temps.

La tour de Pise

La première couche est un biscuit au chocolat noir, œufs et Maïzena. Pas de beurre, pas de sucre, ainsi que pour toutes las autres préparations. Résultat : un biscuit tellement mince qu’il arrive juste à la hauteur de la charnière du moule ad hoc, et malgré le tartinage du moule au beurre qui a précédé la cuisson, il est impossible de le démouler. En fait de biscuit c’est un fondant sans tenue. A l’arrivée, le tour est à peu près entier et j’ai reconstitué le reste en le bétonnant en pensant que les épaisseurs masqueront les dégâts.

La deuxième couche, le croustillant, est constituée de chocolat praliné fondu, de pralin et de gavottes écrasées. Jusque-là, ça va. La consistance d’une pâte va permettre de l’étaler sans problèmes.

La troisième couche est faite de poires cuites 5 minutes au beurre, en petits cubes, dans une poêle. Quand la recette indique « poires caramélisées », c’est impossible, il n’y a pas de sucre ! Il y a surtout du jus dont je me suis reprise à trois fois pour l'égoutter avant de pouvoir étaler les poires.

La dernière couche est une mousse au chocolat : chocolat fondu et blancs d’œufs montés en neige. Alors là, je vous mets au défi d’arriver à incorporer des blancs à du chocolat fondu, de bonne qualité tout de même, sans former des grumeaux et, surtout, sans rabattre totalement les blancs en neige qui étaient au départ comme précisés, très fermes. Comme je devais réserver la mousse, je la mets au frais, elle en ressortira incroyablement durcie et impossible à étaler autrement qu’à la main, la maryse de dernier ressort n’arrivant même pas à soulever la prétendue mousse !

Nous arrivons au montage : pour les mieux équipés, il était recommandé d’utiliser un rodoïd. Je n’en ai pas. Il me reste mon fameux moule à manquer à charnière, lavé et séché, dans lequel il est recommandé de mettre d’abord un film.

Problème : le biscuit ayant été retapé, il est devenu plus petit que le moule d’un bon centimètre. La question est : comment vont être les bords du gâteau s’il n’est pas maintenu, débordants ? dégoulinants ? Je résous le problème à ma façon.

Le biscuit étant posé au fond du moule sur le film, j’étale le croustillant, ensuite les poires asséchées comme je peux et, pour finir, la prétendue mousse qui a la consistance du ciment frais, ou disons plutôt du browny. Celle-ci sera posée par paquets à la main. Une façon originale de mettre la main à la pâte !

A chaque épaisseur, je resserre le film autour du gâteau et pour finir, après avoir retapé les bords à la main, je rabats le film légèrement sur le dessus pour le maintenir. Il n’a donc pas d’autre support. Je place le gâteau au frais en espérant qu’il durcira sans quoi je vois mal comment je pourrais retirer le film pour le poser dans un plat de service. Cela ne va pas arranger la mousse qui, comme je l’ai dit, durcit au froid.

Il ne me restera plus qu’à donner, au moment de servir, un semblant de surface plane en comblant les trous à nouveau avec des gavottes écrasées, comme le préconise la recette. Je ne dirais rien de mes difficultés avant de voir si ce gâteau trouve des amateurs.

Pas de régime au dessert !

La morale de cette histoire c’est que la pâtisserie en général, le travail du chocolat en particulier sont complexes, mais au fil des années d’essais divers et variés, je réussis bien le gâteau de Pierre Hermé au chocolat et beurre salé qui, il faut le dire, est très facile, et les truffes aussi où il n’y a pas plus de difficultés. J’ai déjà réalisé avec succès des marbrés, des fondants, des marie-louise, des terrines de chocolat aux clémentines confites, des mousses au chocolat, des charlottes au chocolat et aux poires, des duchesses, des tartes Bourdaloue au Chocolat, et d’autres sans Bourdaloue… Autrement dit, j’aime le chocolat ! Ce que je n’aime pas ce sont les diktats comme quoi il est bon d’associer fondant, craquant, moelleux dans le même plat. Le gâteau que j’ai réalisé en est l’émanation directe. Mais pourquoi pas, si on respecte les recettes de base et que chaque appareil est bon indépendamment des autres.

Autre argument qui se révèle désastreux  : cette recette sera plus légère sans beurre, sans sucre. Je réplique : faux, je n’ai jamais vu qu’une mousse constituée uniquement de chocolat et d’œufs en neige soit plus légère que la merveilleuse mousse avec pleins de jaune d’œufs et de beurre, et qui ne bouge pas après passage au réfrigérateur, au contraire. Bien entendu, je ne parle pas des calories, mais de l’aspect. Quant au biscuit, je ne serais pas étonnée qu’il colle légèrement dans la bouche.

Pour cette recette, et je vous en dirai plus lorsque je l’aurai goûtée, je ne pense pas qu’elle manquera vraiment de goût sucré, le chocolat l’étant au départ. Quoique. Mais elle aura surtout apporté tous ces déboires par manque d’ingrédients. Et puis, soyons clairs, si on a réussi à baisser les proportions de sucre et de beurre dans les recettes mêmes traditionnelles, par rapport à la pâtisserie du début du XXe siècle, il n’est pas question de la remplacer par un ersatz sans goût. Un gâteau de temps en temps n’a jamais fait de mal à personne. L’heure du dessert n’est pas celle du régime. Il faut choisir.

On ne peut pas mettre dans la balance, au sens propre comme au figuré, un éventuel régime alimentaire allégé et la pâtisserie qui est l’alchimie du sucre, du beurre, de la farine, et de tous les ingrédients indispensables à sa confection. Je trouve même assez magique qu’avec ces mêmes ingrédients, suivant comment on les dispose, on obtient tant de pâtes, de matières, de consistances différentes. Les sauces, en particulier la crème anglaise, étant remarquables de ce point de vue.

Je vous donne rendez-vous à lundi pour la suite des aventures du gâteau croustillant aux poires. Vais-je arriver à le démouler ? va-t-il emballer mes convives qui sont tout de même habitués à une bonne table ? Je ne souhaite évidemment pas que vous vous retrouviez dans la même galère que moi et vous donne rendez-vous sur mon blog pour la recette. C’est un service que je vous rends !

DERNIÈRE HEURE

De l'avis général, et le mien en premier lieu, le gâteau au chocolat et poires croustillant est un vrai régal. Il est effectivement léger, à mon grand étonnement, quand il est sorti du réfrigérateur très longtemps à l'avance, donc à température ambiante. Son succès fut complet. La preuve : il n'y a pas de restes ! Je vous en donne la recette avec un espoir de simplification pour gagner du temps.

DERNIÈRE HEURE 2 

GATEAU CROUSTILLANT EN PRÉPARATION

Aujourd'hui 19 janvier 2014, j'ai servi à mes enfants, pour Noël tardif, le gâteau croustillant que j'ai réalisé à la banane et aux kiwis. Une grande réussite grâce à la confection d'un cercle en carton, terminé par des trombones, ce qui m'a permis d'effectuer un cercle preque parfait. le gâteau est léger, sans beurre et sans sucre, ses mousses se tiennant parfaitement bien ici réalisé avec du chocolat dessert noir à 52 % de cacao. C'est donc un beau gâteau de fêtes, anniversaires, réservé aux mordus de chocolat.